La magie prend le pouvoir dans Les sorcières de la République  de Chloé Delaume

J’ai emprunté ce livre qui me tapait dans l’œil depuis un moment à la bibliothèque. Et si des sorcières féministes avaient gagné les élections présidentielles de 2017 ? M’attendant à une fiction fantastique, l’histoire s’est révélée être une satire politique et sociale bourrée de cynisme de notre époque et de la condition féminine.

Héra Présidente !

En 2017, le Parti du Cercle, constitué de féministes apprenties sorcières, remporte les élections présidentielles. Ce qu’il s’est passé ensuite, personne ne le sait, ou plutôt personne ne s’en souvient. En 2020, le peuple français a voté pour l’amnésie générale et ces trois ans de vide sont appelés « le Grand Blanc ».

42 ans plus tard se tient le procès de la Sybille, dernière représentante du Parti du Cercle et conseillère des déesses de l’Olympe. Elle doit lever le voile sur le Grand Blanc pour réparer le traumatisme de toute une génération. Mais en fait non. Car pour comprendre le drame qui s’est joué, il faut d’abord comprendre pourquoi et comment le Parti a pu gagner les élections. Pourquoi les femmes ont-elles pris le pouvoir ?

Commence alors le procès d’une époque, celle des années 2010 et leur marasme, le sentiment d’impuissance, de déception politique et de désir de changements de fond, les revendications écolos, féministes et égalitaires. Le procès aussi de la condition des femmes, dont la spoliation trouverait son origine dans les mythes fondateurs. Fan de la mythologie grecque, j’ai apprécié d’y retrouver les mythes et les déesses de l’Olympe façon Chloé Delaume.

Le Parti du Cercle veut donner le pouvoir aux femmes pour obtenir une place dominante dans la société. Pour cela quelques enchantements sont nécessaires, vendus grâce à une opération marketing nationale rondement menée. Et si on nous (les femmes) avait donné le pouvoir de Dire c’est faire, qu’aurions nous fait ? Attention à ce que l’on demande quand on ne sait pas ce que l’on veut. Garde à la rancœur, au désir de vengeance face à des siècles de patriarcat, le matriarcat pourrait-il faire pire?

Un récit corrosif

Je ne m’attendais pas à une tonalité aussi cynique. Chloe Delaume n’épargne rien ni personne. La Sybille, loin d’être aigrie par les siècles, donne une vision différente, drôle et plutôt lucide sur la société actuelle. Cela fait aussi plaisir de voir le féminisme désacralisé avec humour. Aussi noble soit la cause, les féministes sont avant tout humaines, avec leurs faiblesses que sont la vanité, la rancœur, l’orgueil, que le Pouvoir exacerbe.

Côté écriture, je n’avais jamais lu Delaume avant donc je ne sais pas si c’est son style ou exceptionnel d’avoir peu de repères typographiques. Pour autant, l’écriture est fluide, presque parlée. La fantasque Sybille alpague, raconte, dévie, répète… Il s’agit de monologues, dynamiques, rythmés et avec peu de temps morts.

De cette utopie loufoque, presque grotesque, je tire un message plutôt pessimiste. Seules, les femmes ne changeront pas la société ni le monde, encore moins avec une intervention divine. Pour autant, l’histoire serait-elle aussi drôle si elle était plausible ? Et si demain les femmes pouvaient avoir le pouvoir de faire ce qu’elles disent ? Si le matriarcat reproduit les mécanismes du patriarcat mais en inversant les rôles, en quoi est-il meilleur ?

À mettre dans les mains de : féministes mais pas que, les fans de dystopie, ceux qui apprécient les livres politiques

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