Mémoires d’une jeune fille rangée : les prémices de Simone de Beauvoir

Je ne suis pas celle que vous croyez

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Depuis quelques mois et le coup de gueule de personnalités féminines sur l’absence de femmes dans les programmes littéraires (par exemple celui de Diglee, une dessinatrice que j’aime beaucoup), j’explore cette littérature féminine et/ou féministe qui m’a trop longtemps été cachée. Je tâtonne encore un peu dans ce domaine bien plus grand que ce que je ne le pensais.

C’est pourquoi je commence par la base et Le Deuxième Sexe (1949) de Simone de Beauvoir fait partie des incontournables de la littérature féministe. Avant d’en commencer le premier tome, j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur l’auteure pour mieux comprendre sa logique de raisonnement par la suite.

Mémoires d’une jeune fille rangée (1958) est le premier des quatre livres autobiographiques de Beauvoir, avec La force de l’âge, La force des choses et Tout compte fait. Je sais de Beauvoir que c’est une bourgeoise, catégorie qu’on n’associe pas naturellement au féminisme, mais plutôt à un certain conservatisme, surtout au début du XXe siècle. Donc pour devenir l’auteure du Deuxième Sexe, elle a dû en faire du chemin et en casser des murs, en plus d’avoir un sacré caractère ! C’est cette personnalité qui m’a intéressée, et je n’ai pas été déçue.

Roman initiatique d’une enfant vers l’adolescence
Dans ces Mémoires, Beauvoir raconte comment elle s’affranchit de ses croyances religieuses et de l’autorité parentale pour partir en quête de vérité et d’elle-même.

Comme tous les enfants, Beauvoir vénère ses parents. Même s’ils lui dictent ce qu’il est bon de penser, de faire (comme tous les parents me direz-vous), lui choisissent ses lectures (dont ils censurent certains passages) elle est persuadée que c’est pour son bien. Mais l’adolescence passe par là et Beauvoir remet en question leurs décisions, leur ment sur ses fréquentations et ses sorties, ou lit en cachette des livres qui lui sont interdits. Elle adore sa petite sœur, Poupette, son lieutenant comme elle l’appelle, avec qui elle partage tous ses secrets. Il y a aussi Jacques, son cousin, pour lequel ses sentiments balancent entre l’amour et l’agacement profond, voire la pitié.

Mais la personne la plus influente dans la construction personnelle et critique de Beauvoir est Zaza, qu’elle rencontre au cours Désir (établissement catholique réputé) et ne quittera plus. Zaza est le double de Beauvoir, son miroir mais avec plus d’assurance et réaliste, un idéal auquel l’auteure aspire.

La petite Simone est une enfant sage, docile qui réfléchit beaucoup plus qu’elle n’agit. On sent l’intelligence et la maturité qu’elle dégage dans les premiers chapitres, mais son esprit de révolte est encore contenu par sa dévotion envers ses parents et sa foi.

Le Paris culturel du début XXe
Beauvoir trouve sa vocation dans la littérature assez tôt. D’abord dévouée à la religion, elle s’en détourne en grandissant au fur et à mesure qu’évolue son esprit critique. Si le salut de son âme n’est plus sa raison de vivre, alors quelle est-elle ? Simone voit grand et veut laisser son empreinte, quoi de mieux que l’écriture ? Elle écrit d’ailleurs : « étrange certitude que cette richesse que je sens en moi sera reçue, que je dirai des mots qui seront entendus, que cette vie sera une source où d’autres puiseront : certitude d’une vocation… » Si tu savais Simone, si tu savais.

Si la première partie sur son enfance est un peu plate, la suite est beaucoup plus intéressante. Beauvoir se questionne sans cesse. Sa quête du bonheur est étroitement liée à une recherche de vérité, assez symptomatique de son époque, où la jeunesse bourgeoise se révolte contre son milieu et traverse une sorte de crise existentielle d’après-guerre.

Elle découvre la littérature contemporaine et engagée de Gide, Barrès ou Valéry. Elle s’émancipe par ses fréquentations plus éclectiques que dans son enfance, sans pour autant trop s’éloigner du milieu intellectuel et bourgeois parisien. À la Sorbonne elle rencontre Sartre bien sûr, mais aussi Nizan ou René Maheu (Herbaud) et fait ses premiers pas dans le Paris culturel des intellectuels en devenir.

Cette partie-là du livre est celle que j’ai préférée, Simone est en effervescence constante, sa curiosité dévorante est contagieuse et ses lectures m’ont donné envie de les lire à mon tour. Ses déambulations dans Paris nous donnent un aperçu bien sympathique de son époque, entre débats philosophiques et sorties entre amis.

Son premier rapport avec Sartre est avant tout amical et surtout intellectuel. Point d’amour encore.

Sur ce thème, Beauvoir recherche quelqu’un qui lui soit supérieur intellectuellement, non pas pour la dominer mais pour la tirer vers le haut et lui ouvrir de nouvelles voies de savoir et de réflexion. Exactement ce que va faire Sartre, qu’elle considère comme « un merveilleux entraineur intellectuel ». Mais son heure n’est pas encore venue car dans ce livre, l’amour de Simone c’est Zaza.

Mémoires d’une jeune fille rangée dresse le portrait d’une Beauvoir butée mais passionnée, romanesque, curieuse, idéaliste voire un peu naïve sur la réalité de ce qui l’entoure, mais avide de découvrir le monde tel qu’il est et non tel qu’on le lui a appris. Ce n’est peut-être pas encore la femme engagée qui écrira le Deuxième Sexe, mais ce livre constitue une parfaite introduction à sa pensée, sans être indispensable pour lire ses essais.

À mettre dans les mains de : celles et ceux qui veulent contextualiser la lecture du Deuxième Sexe et/ou qui veulent connaitre mieux Simone de Beauvoir ; les curieux-ses des femmes et hommes de lettres du XXe siècle.

Pour aller plus loin : les autres ouvrages de Simone de Beauvoir ; Le Féminisme d’Anne-Charlotte Husson et illustré par Thomas Mathieu ; les auteures féministes : Benoite Groult, Virginia Woolf, Virginie Despentes, Margaret Atwood… (liste non exhaustive bien sûr)

 

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